Cent ans en ce mois de novembre que s'est achevée l'effroyable boucherie de 14-18. Dix millions de morts, 20 de blessés, l'écroulement des empires Allemand, Austro-Hongrois, Russe et Ottoman, une Europe redessinée, l'avènement des Etats-Unis en puissance mondiale... un déferlement de violences planétaires né d'un simple fait divers à Sarajevo quatre ans plus tôt.

Ce dimanche 28 juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois, doit achever une tournée d'inspection des forces armées en Bosnie, annexée depuis six ans aux dépens des Ottomans, par une réception en mairie de Sarajevo. Son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, qui l'accompagne n'étant pas d'extraction noble, les honneurs militaires lui sont interdits et François-Ferdinand est obligé de renvoyer les hommes de sa protection. Une foule s'amasse au long de la rivière Miljacka pour acclamer les futurs souverains lors du passage des six voitures de l'escorte. C'est ce moment qu'a choisi un groupe de 7 jeunes nationalistes serbes pour un attentat censé défendre la cause de la création d'une grande Serbie des slaves du sud.  Un seul d'entre eux a dépassé les 20 ans et leur manque de formation aurait pu faire tourner leur action en opération de Pieds Nickelés.

Tueurs amateurs

Les sept conspirateurs se sont répartis sur le parcours. Le 1er à voir passer le cortège prend peur en voyant un policier derrière lui et n'ose pas tirer. Le 2ème craint de n'atteindre que la duchesse et ne tire pas.

Le 3ème, armé lui d'une petite bombe, lance son engin sur la voiture impériale. Il oublie le compte à rebours et la bombe rebondit sur la capote pour n'exploser que sous le véhicule suivant. Au bilan, plusieurs blessés graves dans la voiture et la foule alentours. Pour ne pas être arrêté, le lanceur avale une pastille de cyanure et se jette dans la rivière. Problème, faute de moyens, les complices ont acheté des doses trop faibles du poison, incapables de les tuer, et la rivière en ce fin juin n'a que 10 centimètres de profondeur. Il est interpellé. Le convoi accélère alors pour rejoindre la mairie où l'archiduc exprime sa colère d'un tel accueil. Avec son épouse, il décide d'aller visiter les blessés de la tentative d'attentat à l'hôpital. Par mesure de sécurité face à l'impossibilité alors de connaître le nombre de protagonistes, un nouvel itinéraire loin de la foule est choisi. Sauf qu'on oublie de le dire au chauffeur de François-Ferdinand qui s'engage dans le circuit initialement prévu. Paniqués, les policiers font stopper la décapotable pour une marche arrière. Seul des autres comploteurs à ne pas  avoir eu le réflexe de s'évaporer dans la nature, Gavrilo Princip se retrouve tout étonné par hasard devant la voiture stoppée près du Pont Latin.

Sans réfléchir, il sort son pistolet, monte sur le marche-pied et abat la duchesse d'une balle dans le ventre et l'archiduc d'une autre dans le cou.

Amateurs de tueurs

Des preuves de l'implication des autorités serbes arrivent à Vienne au vieil empereur François-Joseph, 84 ans. S'il n'appréciait guère son futur successeur, désigné suite à la mort de Rodolphe, l'héritier légitime qu'il a eu avec la célèbre Sissi, le souverain lance un ultimatum à la Serbie pour que des policiers austro-hongrois mènent l'enquête. Assurée du soutien de la Russie, la Serbie refuse. Une guerre « préventive » est déclarée le 28 juillet 1914 par François-Joseph soutenu par l'Allemagne. Par le jeu des alliances, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, le Japon... s'engagent à leur tour dans une première guerre mondiale annoncée pour ne durer que quelques semaines. On connait la suite.

A Sarajevo, un musée a été créé face au Pont Latin pour exposer archives et photos de l'époque. François-Ferdinand et son épouse y occupent l'espace principal sous forme de mannequins. Cartes et descriptions relatent le contexte et le déroulement de l'attentat. Dès 1919, le Pont Latin fut rebaptisé du nom de Gavrilo Princip, érigé héros de la nation serbe. Sauf durant l'occupation allemande de 1941 à 1944, il gardera ce nom jusqu'en 1992 quand les nationalistes serbes se mirent à assiéger et bombarder Sarajevo, capitale de Bosnie-Herzégovine. La mairie qui accueillit le futur souverain était devenue une remarquable bibliothèque en 1945. Ses archives et volumes rares partirent en fumée lors du siège dans la volonté des Serbes d'anéantir la culture bosniaque. Une mobilisation internationale a permis aujourd'hui de lui redonner tout son lustre. Quand à François-Ferdinand, il survit dans l'histoire moderne... à travers un groupe de rock écossais à succès, Franz Ferdinand !

Au bout du Pont Latin, devenu piétonnier, le Musée de l'attentat.

Au Musée, une carte restitue le contexte géo-politique.

Le positionnement des comploteurs sur le circuit du cortège.

François-Ferdinand et son épouse représentés comme ce jour-là.

L'ancienne mairie devenue bibliothèque vient de retrouver tout son lustre.

 

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