Alors que Brest s’apprête à inaugurer son téléphérique qui survole la Recouvrance et qu’en France d’autres cités réfléchissent à ce moyen de transport agréable et écologique, plusieurs grandes villes d’Amérique du Sud s’envoient déjà en l’air depuis quelques années. C’est le cas, notamment, de La Paz qui possède le plus spectaculaire et le plus vertigineux de ces équipements. Mais le plus emblématique est sans aucun doute celui de Medellin, en Colombie. Parce qu’il est, à la fois, le symbole et l’outil d’une renaissance de « la ville de l’éternel printemps ».

Un éternel printemps qui, il y a moins de vingt ans, faisait encore souffler des vents mauvais et meurtriers sur Medellin, la seconde métropole de Colombie avec plus de trois millions d’habitants. Un certain Pablo Escobar, sorte de Robin des bois qui aurait mal tourné, et ses associés avait fait de la ville le siège d’un cartel qui contrôlait plus de 90% du trafic de la drogue dans le monde. Un monstrueux empire de la mort. Quelques années avant sa mort, Pablo Escobar avait été classé septième fortune mondiale.

Sur le terrain, ces grands parrains de la drogue s’appuyaient sur des hommes de main recrutés dans les quartiers pauvres de la ville, les « communas ». Hommes de main, mais aussi et le plus souvent des enfants ou des adolescents, transformés en tueurs que leur jeune âge mettait à l’abri de la prison et des condamnations.

Il était de toute façon difficile de les prendre. Ils se cachaient dans les quartiers de la ville nichés sur le haut des crêtes qui entourent la cuvette dans laquelle Medellin s’est nichée.

Et dans laquelle elle renoue aujourd’hui avec ce printemps dont elle est si fière.

Car depuis la fin du cartel et la mort de ses chefs dont Pablo Escobar en 1993, la ville a entrepris sa propre reconquête avec une arme inattendue et imparable : un système de transports en commun accessible à tous. Un métro qui a été rapidement associé à un téléphérique – le metrocable – indispensable pour grimper dans les hauts quartiers inaccessibles à tout autre moyen de transport et redonner à leurs occupants la conscience d’être des citoyens de pleins droits de la ville. De pleins droits et de pleins devoirs. Car le metrocable ne se contente pas de les transporter. Il profite du temps que l’on y passe pour délivrer quelques messages civiques aux « Paisas », le nom que l’on donne aux habitants de Medellin. Soyons fiers de notre ville, donnons-en une belle image à nos visiteurs, respectons nous les uns les autres, soyons propres…

Résultat : dans l’ancien enfer de la drogue, on pourrait manger par terre dans le métro et pas un seul tag ne vient défigurer les petites cabines qui grimpent jusqu’aux plus hauts quartiers, aujourd’hui les plus chics de la ville.

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