Avant de devenir capitale mondiale de la mode et du prêt-à-porter vivant, Milan a cultivé l'art d'habiller les morts. Au Cimitero Monumentale dès 1866, les grandes familles se sont disputées la haute couture du tombeau. A en faire aujourd'hui, un incontournable d'une visite de la ville.

Faire plus grand, plus original, plus larmoyant, plus grandiloquent, plus traditionnel, plus moderne que les autres dans l'art d'ensevelir les siens fut une obsession des notables milanais jusqu'à ces dernières années. Etre enterré au Cimitero Monumentale était du meilleur goût à leur esprit comme une résidence ultime de sa prestance, son pouvoir ou ceux qu'on imaginait tels. Un grand merci à eux donc car le site de 25 hectares qui se visite aujourd'hui plan en main au gré d'allées pas évidentes est un vrai parc arboré où le bon goût flirte avec le kitsch, le ma-tu-vu, le créatif, le religieux introverti ou le provocateur. Tous styles mêlés. Chaque famille affiche le nom de l'architecte et du sculpteur sur son monument pour montrer combien il lui en a coûté. Tant d'exubérance mortuaire ferait presque sourire si au final, tout cela n'avait pas un réel charme. Jusqu'au tombeau parmi les plus modestes, celui de la star des lieux, Arturo Toscanini. Total respect. Avant de le rejoindre, il faudra, avec plaisir, passer par le Famedio, long bâtiment à deux ailes en fond d'une large place avec en son centre une forme d'église recueillant à l'étage les hommages des donateurs ayant permis la construction du lieu. Cénotaphes et bustes sont là pour les saluer... retour au plancher des vaches pour la visite elle-même sous le ciel rédempteur milanais.

La plus prestigieuse tombe, celle d'Arturo Toscanini, est aussi une des plus modestes.

Un affichage de modestie ne nuit pas à la prétention du voisin.

Prétention de l'un, chagrin de l'autre au gré d'une allée.

Pour faire moderne, tout est permis, quitte à ressembler à un panneau de signalisation, une boutique ou une tente.

L'essentiel est d'afficher plus de chagrin que les autres.

Un preux chevalier d'un autre monde ?

Tué lors des derniers jours de la guerre 14-18, le soldat a été immortalisé dans la position où on l'a trouvé.

Léonard de Vinci n'a qu'à bien se tenir. Cette famille a repris son tableau « la Cène » pour immortaliser les siens... sans prétention.

C'est le monument qui sert de repère pour trouver les toilettes, juste derrière, ironie de l'histoire.

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