Voici la Birmanie… Un pays qui sera différent de tous ceux que tu connais."

Rudyard Kipling avait raison. Aujourd’hui encore, la Birmanie - on l’appelle désormais Myanmar " - est un pays qui surprend, même si l’on y arrive après quelques jours passés au Laos, autre Eden oublié.

La Birmanie sort tout doucement de l’isolement total dans lequel la confina pendant une vingtaine d’années une junte militaire particulièrement dure. Le peuple, qui retrouve sa fierté, est maintenant en route vers la démocratie et accueille les visiteurs avec une hospitalité d’autant plus spontanée qu’elle est restée longtemps sans objet.

C’est à Mandalay que nous débarquons. Une ville de 500 000 habitants qui fut la dernière capitale birmane avant l’arrivée des Anglais. Même si elle a perdu ce statut au profit de Rangoon, elle est dépositaire de la culture traditionnelle birmane.

Dès notre premier contact, nous plongeons dans cette douceur de vivre et cette forme d’indolence qui caractérise la Birmanie. Sur les rives du fleuve Irrawaddy, des petits villages barbotent dans l’eau. Leurs habitants se partagent entre des cabanes de planches et de tôles bricolées avec insouciance et des bateaux amarrés dans une apparente pagaille. Les hommes pêchent, les femmes achèvent des lessives colorées, les enfants, petits têtards infatigables, jouent dans l’eau ou des pirogues échouées. Plus loin, une armée de porteurs, habiles comme des jongleurs de cirque, déchargent d’un bateau de fragiles poteries… Ainsi va la vie sur le fleuve Irrawaddy qui, après une course folle sur les pentes de l’Himalaya, prend son temps pour nourrir la Birmanie.

En moins d’une heure de bateau, nous nous retrouvons au village de Mingun, dominé par une pagode de la taille d’une montagne. Elle devait être la plus haute du monde, mais un tremblement de terre ramena à un peu plus d’humilité ses constructeurs. Mais de cette ancienne cité, on aime décidément le gigantesque. On peut y voir une cloche de huit mètres de haut et d’un poids de 90 tonnes. Et cette grosse cloche sonne !
Cette première journée en Birmanie s’achèvera autour d’une jolie table, devant une scène de théâtre de marionnettes.

Le lendemain, nous prenons la route de Bagan. Avec une escale irréelle au Mont Popa. C’est un piton volcanique dressé comme un phare au milieu d’un paysage aride. Les hommes ont achevé cet étonnant ouvrage de la nature en le coiffant d’un temple, un peu à la manière des monastères grecs des Météores. On comprend que les Nats – les esprits sacrés – aient choisi d’y élire domicile.

La route se poursuit tranquillement, avec des haltes dans des petits villages agricoles où l’on exploite le fruit des palmiers à sucre pour fabriquer de délicieux sirops et friandises. On a envie, soudain, de prendre son temps, de se laisser aller au rythme des charrettes à buffles…
C’est d’ailleurs un peu ce que nous faisons ! Quand nous arrivons à Bagan, la nuit est déjà tombée, simplement illuminée par les coupoles dorées de quelques uns des 2 200 temples du site de Bagan.

400 édifices répartis sur un territoire grand comme le Luxembourg! Incroyable. Le lendemain, perchés sur le temple le plus haut – le temple Ananda - nous prenons la mesure de cet ensemble bâti par princes et rois aux 12e et 13ème siècles. Et encore faut-il les imaginer à l’époque. Il y avait alors plus de 4000 édifices. Leurs coiffes étaient toutes dorées à l’or fin. Simplement une dizaine ont retrouvé leur splendeur d’antan, grâce à l’aide de l’UNESCO. Mais quelle splendeur !

Le seigneur de cette plaine est sans contexte le temple Ananda au sommet duquel les terrasses offrent une vue unique. Il culmine à 53 mètres et est coiffé d’un stupa couvert d’or. En son ventre, des niches creusées dans deux démabulatoires intérieurs contiennent des statues et des bas-reliefs racontant la vie de Boudha.

L’endroit est bien sûr totalement protégé. Il n’y a plus aucune habitation. Seuls les paysans ont le droit d’y venir pour travailler des champs brulés par le soleil.

C’est à Yangon – Rangoon pour les Anglais – que nous bouclons ce trop rapide séjour en Birmanie. L’ancienne capitale du pays – détrônée aujourd’hui par Naypyidaw – possède un charme unique, essentiellement lié à son passé colonial. Malgré une population de 3,5 millions d’habitants, la vie coule ici paisiblement. Les grandes avenues, les bâtiments victoriens, les espaces verts et les arbres en font une ville originale en Asie du sud-est.
Mais les bâtiments victoriens – nostalgie ou pas – rentrent dans l’ombre auprès de l’extravagante pagode de Shwedagon. En plein cœur de Yangon, c’est une ville dans la ville. Un seul chiffre : son stupa culmine à 100 mètres de hauteur et est doré à l’or fin sur toute sa hauteur. Son sommet est tout simplement couronné du plus grand diamant du monde.

L’intérieur est tout aussi démesuré. Le pourtour du stupa est ponctué de huit autels de prière, chacun étant dédié à un jour de la semaine. Eh oui ! Pour les bouddhistes birmans, la semaine compte huit jours : ils rajoutent un mercredi après-midi…
Des milliers de fidèles se pressent à longueur de journées dans ce grand lieu de pèlerinage. Un lieu sacré où se mêlent la piété la plus et une sorte de kermesse bon enfant. A côté des statues de Boudha, des distributeurs de billets et de sodas rappellent que l’homme n’est pas un simple esprit ; les moines voient leurs prières interrompues par des sonneries de portable ; les jeunes nonnettes courent comme des gamines dans une cour de récréation… Le bouddhisme est une religion qui a gardé les pieds sur terre.

C’est sur ce feu d’artifices d’images que nous quittons Yangon. Avec nostalgie. Et la ferme volonté de revenir en Birmanie. On s’y sent tellement bien.

 
Sur la rive du fleuve Irrawaddy, la vie coule paisiblement.
Sur la rive du fleuve Irrawaddy, la vie coule paisiblement.
Des porteurs habiles comme des jongleurs déchargent les poteries venues par bateau.
Des porteurs habiles comme des jongleurs déchargent les poteries venues par bateau.
La pagode de Mingun partiellement détruite par un tremblement de terre.
La pagode de Mingun partiellement détruite par un tremblement de terre.
Le beau sourire de la Birmanie…
Le beau sourire de la Birmanie…
Michel Salaün était de l’expédition birmane pour y faire du repérage.
Michel Salaün était de l’expédition birmane pour y faire du repérage.
Le petit marché, au coeur de Mandalay.
Le petit marché, au coeur de Mandalay.
Le mont Popa couronné par un monastère domine une plaine aride.
Le mont Popa couronné par un monastère domine une plaine aride.
La nuit de Bagan est illuminée par des stupas dorés à l’or fin…
La nuit de Bagan est illuminée par des stupas dorés à l’or fin…
Une vue (très partielle) du site de Bagan. On évalue à plus de 2000 le nombre d’édifices. Avant un tremblement de terre, il y en 4000!
Une vue (très partielle) du site de Bagan. On évalue à plus de 2000 le nombre d’édifices. Avant un tremblement de terre, il y en 4000!
Jeune paysanne dans un champ de Bagan, au pied des temples.
Jeune paysanne dans un champ de Bagan, au pied des temples.
Au marché de Bagan, les nonnes mendient leur nourriture.
Au marché de Bagan, les nonnes mendient leur nourriture.
Une scène d’une autre époque: les pierres pour une route sont transportées par panier.
Une scène d’une autre époque: les pierres pour une route sont transportées par panier.
 
Sous la protection de Boudha…
Sous la protection de Boudha…
A la pagode de Sschwedagon, chacun honneur son Boudha et l’animal qui le symbolise.
A la pagode de Sschwedagon, chacun honneur son Boudha et l’animal qui le symbolise.
A la pagode de Sschwedagon, chacun honore son Boudha
A la pagode de Sschwedagon, chacun honore son Boudha
l’éléphant,  l’animal qui symbolise le boudhisme
 L’éléphant, l’animal qui symbolise le boudhisme
Sur l’agenda de Boudha, la semaine compte huit jours…
Sur l’agenda de Boudha, la semaine compte huit jours…
Au milieu de la foule, la prière…
Au milieu de la foule, la prière…

 

 

 

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