Le Laos est un petit paradis. Coincé entre deux pressants voisins – la Thaïlande et le Vietnam – il s’est fait oublier au lendemain d’une guerre qui l’a transformé en champ de bataille. Qui se souvient de la Plaine des Jarres et des bombardements intensifs des Américains à la fin des années 60 ? Aujourd’hui, il s’ouvre à un tourisme discret et respectueux et son peuple – on devrait dire ses peuples – peut enfin faire apprécier une gentillesse et une douceur bien rares dans notre monde bousculé et pressé.   A petit paradis, petite porte. Je suis rentré au Laos par le poste frontière de Tay Trong à trois heures de route de Dien-Bien Phu, au sommet d’un col qui ouvre une brèche dans un paysage de montagnes boisées inextricables, creusées de vallées profondes où l’Homme semble pourtant trouver son chemin. Ici et là, des taches plus claires révèlent des plantations d’hévéas.   Au poste frontière, l’accueil est bon enfant. Les uniformes des douaniers sont approximatifs, mais les formalités sont simples. Le visa est délivré sur place. La route est ouverte pour gagner Muang Khua. Un village perché sur les rives de la rivière Nam Ou. Il a le charme un peu canaille de ces villes frontalières où les voisins étrangers viennent faire des emplettes pas toujours innocentes. Les ethnies des montagnes environnantes continuent à cultiver le pavot et trouvent à Muang Khua un marché pour écouler leurs excédents. Le gouvernement laotien, aidé par des organisations internationales, tente d’y mettre bon ordre. Pas facile. Dans ses montagnes, le Mhong est insaisissable et rebelle.   Le lendemain, nous prenons un bateau pour descendre la rivière Nam Ou jusqu’à Nong Khiaw. Une bonne demi-journée de navigation sur cette rivière qui traverse des paysages extraordinaires et offre une succession de rapides et de plans d’eaux calmes. Sur les rives, un petit peuple regarde les bateaux filer avec le courant ; sur les plages de sables les animaux semblent vivre en paix comme aux premiers jours du monde. Les cochons vivent avec les buffles, les petits avec leurs mères. Les femmes et leurs enfants vous saluent comme des visiteurs fugitifs et bienveillants. Le diable n’est jamais rentré dans cet Eden dont même les dieux ne semblent jamais s’être occupés.   A Nong Khiaw, notre terme de cette escapade fluviale, nous renouons avec une vie plus animée. Des hôtels, des restaurants éclairent, le soir tombé, le bord des rues. Ils offrent bonne nourriture, salons de massages dans une sorte de bonhommie qui vous laisse pantois. Vous buvez une lao-beer – 64 cl que l’on n'est pas obligé de partager – en grignotant une peau de buffle grillée. Il faut juste apprendre à recracher les poils.   La route vers Luang Prabang traverse une plaine paisible. Dans les champs on a repris le travail des rizières. C’est le temps des labourages. Dans une rivière, les femmes récoltent avec méticulosité une petite algue verte. Pressée, battue, séchée au soleil, aromatisée avec des graines de césembre et des rondelles de tomate, elle se dégustera comme une chips avec une bonne bière ou un alcool de riz. Elle aura le goût des eaux de la montagne et du travail des femmes qui savent que la rivière coulera après elles. Pour d’autres récoltes. D’autres enfants.   De l’alcool de riz. Il vous en manque ? Dans un petit village sur la route, vous pouvez vous arrêter à une distillerie. Là, on fait ce que les Laotiens appellent du whisky. C’est pas mauvais. Pur. Mais il y aussi les accommodements locaux. Pour résumer, tout ce qui serpente, tout ce qui pique et tout ce qui, de manière générale, transporte du venin est destiné à sombrer dans l’alcool. C’est de famille. Serpents, mygales, scorpions… Le reste est affaire de goût et d’estomac. On vous assurera que c’est excellent pour la santé. Et on vous garantira des vigueurs sans ordonnance.   Luang Pragang est l’ancienne capitale du Laos. Du temps de l’empire. Elle a la majesté de son passé sans avoir eu à souffrir de la nécessité de grandir. L’Unesco, qui l’a classée dans son Patrimoine mondial, veille sur elle comme un trésor. Ici, pas de buildings dont un nouveau pouvoir aurait fait son orgueil. L’architecture se satisfait de quelques immeubles coloniaux sans grandes prétentions, de quelques dizaines de temples magnifiques, et de maisons en bois traditionnelles. Ici, personne ne pète plus haut que son cul. Il en résulte une douceur de vivre que nos civilisations occidentales ont oubliée et qu’il faut savoir savourer en se pliant aux rythmes de la ville. Luang Prabang est une des plus belles villes du monde. Un trésor à partager avec précaution et respect.   La vie commence à l’aube, avec le défilé des moines qui quêtent leur nourriture de la journée, et s’achève le soir avec le dernier marché nocturne, où se mêlent les marchands de produits ethniques, à l’origine indéfinissable, et les vendeurs de tout ce qui peut se manger. C’est à dire au Laos : tout ! Depuis le rat jusqu’à la taupe en passant un pauvre écureuil dont ont se demande ce qu’il reste si on boute pas la fourrure.   Sur la route de Vientiane, nous faisons étape à Vang Vieng. Une petite ville sans intérêt. Sinon qu’elle est devenue un spot mondial que fréquentent les jeunes Australiens et Britanniques qui se jettent dans le fleuve en oubliant qu’il n’y a pas de fond et – lorsqu’ils ne se tuent pas dans ces plongeons suicidaires – finissent leurs rêves dans des bars où des produits illicites ne sont guère plus chers qu’une bière bien fraiche. Les gueules de bois ne sont pas les mêmes.   A quelques kilomètres de là, non loin de ce délire occidental, nous visitons la caverne de Tham Jang. Une ascension à se péter les poumons. C’est là que, pendant les bombardements américains – la plaine des Jarres n’est pas loin - les Laotiens se réfugiaient de l’autre côté du Mékong, dans des grottes inaccessibles. On les atteignait par des échelles de cordes et elles étaient plongées dans la plus profonde des obscurités. Le peuple laotien, malheureusement pour lui, n’a pas toujours été oublié. Comment expliquer cela aux jeunes Australiens qui se démontent la tête et la colonne vertébrale à quelques kilomètres de là ?   Et c’est l’arrivée à Vientiane. On va faire simple : c’est tout le contraire de Luang Prabang. Une capitale. Une vraie. Avec ses palais coloniaux investis par les nouveaux pouvoirs. Il faut vraiment plonger dans ses beaux quartiers du centre pour lui trouver un charme accessible. Ou alors se promener le long de la riviera du Mékong. Les restaurants et les bistrots y abondent. Et de l’autre côté, c’est la Thaïlande.   Le petit Peuple du Laos ne dira jamais assez merci à ce grand fleuve qui la préserve du monde.
 
Situé près de la frontière avec le Vietnam et au pied des montagnes habitées par les ethnies du nord, qui cultivent encore le pavot, le village de Muang Khua est un centre de trafic de drogue. Le gouvernement et les organisations internationales mènent de grandes campagnes de prévention.
Situé près de la frontière avec le Vietnam et au pied des montagnes habitées par les ethnies du nord, qui cultivent encore le pavot, le village de Muang Khua est un centre de trafic de drogue. Le gouvernement et les organisations internationales mènent de grandes campagnes de prévention.
Le « centre commercial » de Muang Khua…
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La rivière Nam Ou attire encore les chercheurs d’or, même si le précieux minerai a tendance à se faire rare et nécessite des installations à la « Mad Max » pour l’extraire.
La rivière Nam Ou attire encore les chercheurs d’or, même si le précieux minerai a tendance à se faire rare et nécessite des installations à la « Mad Max » pour l’extraire.
La rivière Nam Ou traverse des paysages grandioses.
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Le resort de Nong Khiav, au bord de la rivière, est un endroit de rêve pour une escale.
Le resort de Nong Khiav, au bord de la rivière, est un endroit de rêve pour une escale.
La rivière Nam Ou a Nong Khiaw.
La rivière Nam Ou a Nong Khiaw.
Séchée, l’algue verte sert à faire des galettes que l’on déguste à l’apéritif, en buvant de la bière.
Séchée, l’algue verte sert à faire des galettes que l’on déguste à l’apéritif, en buvant de la bière.
Dans les rizières de la plaine,  le « buffle de fer » a remplacé le buffle à cornes.
Dans les rizières de la plaine, le « buffle de fer » a remplacé le buffle à cornes.
Ce jour-là, dans les villages près de Nong Khiaw, c’était le nouvel an des Mhongs et les jeunes filles étaient belles comme des princesses…
Ce jour-là, dans les villages près de Nong Khiaw, c’était le nouvel an des Mhongs et les jeunes filles étaient belles comme des princesses…
Ce petit village près de Pak Ou est spécialisé dans la distillation de l’alcool de riz, le « lao-lao », qui n’est jamais meilleur qu’agrémenté de quelques ingrédients surprenants.
Ce petit village près de Pak Ou est spécialisé dans la distillation de l’alcool de riz, le « lao-lao », qui n’est jamais meilleur qu’agrémenté de quelques ingrédients surprenants.
Luang Prabang est la ville des temples et des monastères. Les jeunes moines y apprennent la dure vie au service de Boudha.
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Ca se mange sans faim !
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Les marchés de Luang-Prabang, qu’ils soient du matin ou de la nuit, offrent un spectacle étonnant.
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Près des chutes de Kuangsi, le menu est royal : poulets et carpes grillés… Un délice !
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Un petit coup de bues ? Le petit ours d’Asie est une espèce protégée.
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Les chutes de Kuangsi sont un « spot » apprécié des jeunes touristes.
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La rue principale de Luang-Prabang offre de belles promenades, la nuit tombée
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Sur la route de Vang Vieng, le village de Phou Khoune, un ancien poste militaire français, offre une étape gourmande inoubliable.
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Dans ces grottes près de Vang Vieng, les Laotiens se refugiaient pour échapper aux bombardements américains à la fin des années 60. Elles étaient alors plongées dans l’obscurité totale et accessibles uniquement par des échelles de corde.
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L’arc de triomphe de Vientiane.
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Le parc Boudha, près de Vientiane. Une sorte de disney land un peu foutraque…
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