Nos rédacteurs, voyageurs passionnés, vous livrent, au fil de leurs escales et de leurs pensées, leurs humeurs du moment, leurs coups de gueule d'un soir. Des plumes irrésistibles qui nous font voyager avec délectation.

Je n'ai jamais su son prénom. Nous l'appellerons donc Olga, c'est joli. Joli sûrement comme ses yeux que je n'ai jamais vu à cause de la visière de sa casquette. Avec Olga, nous avons vécu une longue nuit, seuls au monde ou presque, l'un contre l'autre, chacun dans son compartiment à dix mètres de distance dans le Transsibérien entre Krasnoyarsk et Irkoustk. Quelque 1100 kilomètres de rail à vibrer à l'unisson. A elle, le bel uniforme fashion URSS et les clés du wagon. A moi, une envie de fumer. Les arrêts en gare du Transsibérien ne sont pas annoncés, ni leur durée. Alors, au moindre ralentissement, ce sera pour 4, 7, 12 ou 20 minutes de halte. Seule Olga le savait mais ne le disait pas, enfermée dans sa cabine, un placard avec une chaise et au devant un petit guéridon où trônait des boutons de porte, briquets, cuillères... tous flanqués d'un sigle du train, de l'étoile rouge ou du CCCP local. Des babioles à vendre pour arrondir ses fins de mois. J'aurais dû en acheter et au long des 1100 km, elle me l'a fait regretter. Sa force était dans son trousseau de clés qui ouvrait notre nid d'amour, lui permettant ensuite de déplier les 3 marches indispensables pour descendre du wagon haut sur pattes, et de surveiller qui avait des velléités à s'échapper du train. Aucun ours n'attendait sur les quais car les grondements sortaient d'Olga. Des « rourouarrr » si j'avais le temps de griller une cigarette penché par la porte ou des « grouourarou » si je pouvais descendre sur le quai en griller une pendant qu'elle causait avec sa consœur du wagon d'avant. A raison de cinq ou six haltes, cette nuit avec Olga restera une féérie humaine inachevée quand à l'aube, Irkoustk, la ville du Michel Strogoff de Jules Verne, me ramena à la réalité : c'est beau, la Sibérie.

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