Toan N’Guyen est le directeur d’Images Vietnam, une société qui fait découvrir son pays à des milliers de touristes francophones depuis une dizaine d’années. Nombreux sont ceux qui ont été marqués par son enthousiasme, son humour et sa passion pour l’accueil. Portrait.

Sa voix est posée, son sourire est un brin malicieux. Il s’exprime avec aisance et aime glisser un trait d’esprit, un jeu de mot, une plaisanterie qui trahit son excellente connaissance du français. Le patron d’Images Vietnam a exceptionnellement repris sa casquette de guide pour nous faire découvrir le Mékong, la région où vit sa belle-famille. « Moi je viens du Nord, d’une région assez pauvre de la province de Quang Nam, au centre du pays. J’ai grandi dans une grande famille qui a connu tous les bouleversements du XXe siècle. Mon père est né en 1932, il a donc appris le chinois, puis le français, puis l’anglais… C’est une personne très talentueuse qui pratique la peinture, la photographie et la musique et nous a poussé à faire des études.

En vérité si j’ai choisi d’étudier le français pour devenir professeur, c’est que c’était la voie la moins couteuse pour une famille. Mais à la sortie de l’université, je n’ai pas trouvé de travail à cause de la baisse forte des classes francophones dans le pays. j’ai donc du me tourner vers un autre métier et j’ai tenté ma chance comme guide de voyages. Je me suis aperçu que mon caractère s’adaptait très bien à ce métier et çà a marché très vite. Je projetais d’ouvrir une agence de voyages à la carte à l’époque où j’ai guidé Michel Salaün à l’occasion d’un voyage. Il m’a proposé de monter Images Vietnam ensemble. Ca paraît simple mais pour moi, rien qu’investir dans le billet pour venir en Bretagne pour en parler était un pari. Mais nous nous sommes lancés !

Un pont entre deux cultures

Du nord au sud du Vietnam, les guides qui travaillent pour Toan saluent sa réussite mais aiment rappeler que derrière l’entrepreneur respecté, se cache « un des leurs », un ami toujours présent, qui a gardé son âme et sa loyauté envers ses proches, ainsi qu’une certaine humilité et une passion pour les rencontres.

« Ce qui me plaît vraiment dans le tourisme, ce sont les contacts dans le monde entier, pouvoir échanger pour mieux comprendre l’autre et surtout partager la beauté et l’amour du pays en racontant de belles histoires. Ce métier permet aussi d’apprendre à apprécier la nature, la beauté, l’histoire, c’est agréable d’aider les autres à réaliser un beau voyage dans mon propre pays».

Mais les témoignages enthousiastes de nombreux participants aux voyages montés par Images Vietnam montrent qu’au-delà de la présentation du pays, ce sont les ponts tendus par Toan et son équipe entre les cultures asiatiques et francophones qui séduisent la plupart.

« J’aime la langue française, par son coté littéraire et structuré, explique Toan, mais aussi d’autres aspects de la culture, comme la gastronomie, les plateaux de fruits de mer en particulier, les vins et certains fromages. Ce que j’aime aussi c’est la propension des Français à vouloir découvrir d’autres cultures, à apprécier la nature et à respecter la population, les guides, les chauffeurs. »

Les Français auraient-ils des choses à se faire pardonner au Vietnam pour se montrer aussi vertueux ? « Tout n’est pas parfait, il y a aussi bien sûr parfois des différences culturelles à surmonter, poursuit Toan. Les Vietnamiens aiment bien rigoler, tout le temps, même sur les difficultés ! Pour eux, rien n’est grave et cela peut parfois déplaire aux touristes. Les Vietnamiens sont aussi très directs et ne s’embarrassent pas autant de formules de politesses ! Mais connaître toutes ces différences permet justement de s’entendre. Je garde d’ailleurs toujours des contacts avec les visiteurs, beaucoup sont devenus des amis. »

Des trésors cachés 

Comment envisage-t-on l’avenir du tourisme dans un pays qui connaît un tel développement et une quête de modernité ?

« Le pays est encore très authentique, même dans les villes, analyse Toan. Il reste aussi beaucoup d’endroits sauvages encore fermés aux étrangers au Vietnam. La région de Phu Yen est par exemple d’une grande beauté. Il y a aussi des îles paradisiaques mais difficiles d’accès ou peu équipées pour le tourisme comme l’île de Nam ou celle de Con Dao. Dans le centre du pays, il y a aussi beaucoup de belles plages authentiques et sauvages ».

Le bateau file entre les centaines d’embarcations qui participent au marché flottant de Can Tho, où les paysans du Mékong se donnent rendez-vous pour échanger leurs marchandises. « Regardez autour de vous, les gens sont simples, naturels, ils vous font signe, vous sourient pas parce que vous êtes des touristes, pas pour vous vendre quelque chose, mais parce qu’ils sont content de vous voir, qu’ils aiment çà » conclut Toan.

C’est aussi parce qu’il leur ressemble que l’ancien étudiant de français a su donner un supplément d’âme à son métier et offre des souvenirs inoubliables à ceux qui croisent sa route.

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