Fin septembre et début octobre, les auditeurs de France Bleu Breizh Izel ont pu parcourir l’Irlande. Une véritable croisière en autocar à travers les paysages grandioses de l’île verte et à la rencontre de l’un des peuples les plus chaleureux d’Europe.

« Aborder une île, c’est toujours une aventure », a écrit avec a propos la géographe Françoise Péron. Cette aventure irlandaise a commencé par une nuit de traversée sur le Pont-Aven, navire amiral de la Brittany ferries et véritable vitrine de la création culturelle bretonne. Une dizaine d’artistes et de plasticiens ont en effet participé à la décoration du navire, rendant hommage à la culture populaire bretonne et aux cousins des pays celtes. Le lendemain matin, le Pont-Aven pénétrait dans la baie de Cork, l’une des plus grandes d’Europe. Le navire a longé le port de Cohb - la dernière étape du Titanic -, d’où plusieurs centaines de milliers d’Irlandais ont pris le bateau pour l’Amérique du nord ou l’Australie, chassés par la grande famine ou la répression politique. Deuxième ville de la république d’Irlande, Cork est une cité populaire, renommée pour sa cathédrale et son English Market, un marché couvert aux échoppes pittoresques. Après leur visite, nous poussons quelques kilomètres à l’est, à Mideltown, l’usine de Jameson, le plus célèbres des whiskey irlandais. Un petit tour au milieu d’imposants alambics de cuivre, d’immenses barriques et d’étonnants instruments dédiés à la fabrication de cette « eau de feu » dont les Irlandais et les Ecossais se disputent l’origine. Le whiskey irlandais se distingue du whiskie irlandais par un « y » et par une fermentation supplémnetaire (trois pour le premier, deux pour le second). Dans un impressionnant couloir, encombré de barriques, on peut voir le précieux breuvage vieillir et sentir la « part des anges », cette infime vapeur d’alcool qui s’échappe au fil des ans.

Connemara et îles d’Aran

Nous poursuivons vers Galway, porte d’entrée du Connemara et qui sera notre base arrière pendant trois nuits. Galway est la capitale de l’ouest irlandais. Conviviale et chaleureuse, elle est un important centre universitaire, en témoignent les nombreux pubs du centre ville. C’est d’ailleurs dans l’un d’eux que nous dînons avec Josselin Le Gall, représentant des Bretons d’Irlande. Dans une ambiance fort joyeuse, il a évoqué son pays d’adoption et la joie de vivre des Irlandais. De Galway, nous partons pour une journée dans le Connemara. Les auditeurs de France Bleu Breizh Izel ont eu le privilège de visiter les locaux de TG4. Cette chaîne de télévision en gaélique fête ses dix ans et emploie une centaine de personnes. Grâce à une programmation originale et un rajeunissement des émissions, elle a vu son audience augmenter. Elle est l’un des symboles les plus visibles du renouveau du gaélique, l’autre langue officielle de la république irlandaise. Nous traversons ensuite les paysages grandioses du Connemara, l’une des régions les plus belles d’Irlande avec ses vertes collines, ses tourbières et, bien entendu, ses lacs. L’eau est omniprésente – il pleut ici 165 jours en moyenne par an ! La tourbe fait partie intégrante de la culture irlandaise et constitue l’un des combustibles les plus utilisés. Il s’agit de végétaux qui se décomposent lentement. Ils ont permis de conserver de nombreux objets archéologiques, et même des corps remontant à la Préhistoire. Découpée en motte, la tourbe est ensuite mise à sécher en petites pyramides typiques. L’odeur du bog, de la tourbe se consumant dans les cheminées est l’un des parfums marquants de l’île verte. Grâce à la dextérité de Robert, notre chauffeur, le car Salaün emprunte la vertigineuse Sky road. Cette petite route sinueuse, souvent encombrée de moutons, longe l’extrémité de la péninsule de Cliffden. Nous nous arrêtons ensuite à l’ancienne abbaye de Kylemor, qui fut longtemps un pensionnat réputé pour jeunes filles. Sa silhouette victorienne s’insère parfaitement dans le paysage sauvage de l’ouest irlandais. Les bénédictines l’occupent toujours et y vendent leurs produits. Le lendemain, le groupe embarque pour les îles d’Aran, un concentré de culture gaélique qui a fasciné de nombreux écrivains, particulièrement Synge qui leur a consacré l’une de ses œuvres majeures, Le Baladin du monde occidental. Une pièce de théâtre qui a provoqué un scandale lors de la première, en 1907. Nous nous offrons un tour panoramique de l’île principale Inis Mor, le temps d’apercevoir quelques phoques en train de pêcher et les petits champs caractéristiques de l’île. Excroissances du Burren, ces îles étaient à l’origine rocailleuses et battues par les tempêtes. Ce sont les hommes qui, génération après génération, en ont transformé le paysage. Ils ont édifié des murets de pierre où ils ont laissé se décomposer du goémon pour créer une mince couche de terre végétale et de petits champs protégés du vent. En traversant ces paysages étonnants, on se dit que l’homme est capable de bien de persévérance pour s’accrocher à des endroits aussi inhospitaliers ! L’un des sites les plus connus de l’île est l’extraordinaire fort de Dun Aengus, construit à l’âge du Bronze et occupé ensuite jusqu’à l’an Mille. De forme semie circulaire, défendu par plusieurs enceintes, il domine une falaise tombant à pic sur une soixantaine de mètres. Le panorama est à couper le souffle.

De Dublin à Belfast

Après une dernière soirée à Galway, nous mettons le cap vers Dublin, la capitale de l’Irlande. Dans les brumes matinales émergent les grandes tourbières du centre de l’île. Leur exploitation industrielle fournit une bonne partie de son énergie à la république. Arrivé à Dublin, le car effectue un panoramique de la ville, notamment travers Phoenix park, le parc abritant la résidence du président de la République. Une bougie y est en permanence allumée, un geste symbolique à destination des millions d’Irlandais de la diaspora, pour leur dire que leur pays d’origine ne les oublie pas. Nous déjeunons sur les quais de la Liffey, le fleuve qui traverse Dublin et qui a la couleur de la Guinness. La collation a lieu dans l’un des innombrables pubs de Temple bar, le quartier branché, haut lieu des nuits dublinoise. Bono, le chanteur du groupe U2 y a ouvert un bar et restauré un bel hôtel art déco. Après une petite promenade dans les rues de la capitale, c’est un autre monument de la culture irlandaise que nous découvrons : le centre d’interprétation Guinness, situé au cœur de la brasserie de la célèbre bière. On y apprend comment est fabriqué le breuvage le plus populaire des Irlandais. De vastes espaces sont consacrés au transport de la bière, à son environnement ou aux publicités. On peut même y apprendre comment servir une pinte à la pression, apprentissage sanctionné par un diplôme… Après une soirée conviviale passée notamment à évoquer l’histoire souvent tragique de l’Irlande, nous mettons le cap au nord, vers Belfast. Depuis 1921, l’île est en effet divisée en deux, six comtés d’Ulster restant sous la férule de Londres. A partir des années 1960, l’Irlande du nord a été en proie à de très violents affrontements entre les deux communautés qui la constituent : la minorité catholique et la majorité protestante dont les membres sont les descendants des colons britanniques installés dans l’île depuis le XVIe siècle. L’armée républicaine irlandaise, l’IRA, a porté de rudes coups à l’armée britannique venue d’abord s’interposer entre les deux communautés, mais très vite ressentie comme une force d’occupation par les catholiques. Les troubles ont fait plusieurs centaines de morts avant les accords de paix de 1998. Les murs du quartier républicain de Falls road conservent le souvenir de cette période tragique à travers les murals, d’immenses fresques à caractère politique peintes sur les habitations. Nous traversons ensuite le « mur de la paix » qui porte bien mal son nom pour pénétrer dans le quartier loyaliste de Shankill. Les murals rappellent ici l’attachement à la couronne britannique ou les exploits des groupes paramilitaires protestants. Depuis 1998, les armes se sont tues et Belfast tente de se construire un nouvel avenir, plus harmonieux. L’un des symboles de cette renaissance a été l’ouverture du musée du Titanic dans les anciens chantiers navals. Cet immense bâtiment moderne, en forme d’étoile, retrace l’histoire du célèbre paquebot, coulé par un iceberg en 1911. On y évoque sa construction, son voyage inaugural, le luxe des cabines de première classe ou des équipements de bord, parmi les plus modernes de l’époque. Les pièces consacrées au naufrage sont particulièrement émouvantes. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons pour une ultime halte à Cashel, l’ancienne capitale des rois du Munster, la province méridionale de l’Irlande. Nous déambulons dans les ruines romantiques de l’ancienne cathédrale, les croix celtiques et l’antique tour ronde. C’est donc plein de souvenirs que le groupe rembarque sur le Pont-Aven.

Croix celtique à Cashel

Le rocher de Cashel, résidence des rois du Munster

Les falaises de Moher

Le Titanic center à Belfast

Le tour du Kerry

Après une dégustation de Jameson, nous mettons le cap sur Tralee. Cette ville constitue le point de départ idéal pour découvrir le royaume du Kerry et surtout son fameux Ring, l’anneau du Kerry qui a constitué l’un des points d’orgue de ce périple. Les vertes montagnes plongeant dans un océan réchauffé par le Gulfstream servent d’écrin à l’une des plus belles péninsules d’Europe qui a séduit Charlie Chaplin, venu s’installer en villégiature à Waterville. Un peu auparavant, nous assistons à une démonstration de dressage de border collies, les chiens de bergers capables de guider les troupeaux de moutons dans les montagnes irlandaises. En Irlande, il y a entre sept et huit millions d’ovins, soit plus que le nombre d’habitants ! Le ring of Kerry offre de magnifiques panoramas sur la péninsule de Dingle ou les îles Skellig. Il traverse de pittoresques villages à l’instar de celui de Sleem, là où le général de Gaulle passa quelques jours de vacances, après son départ du pouvoir en 1969. La poste se trouve dans un sympathique pub, au milieu des échoppes de souvenirs ou de lainages. Le climat du Kerry n’est pas pour rien dans l’extraordinaire foisonnement végétal des jardins de Muckross, à Killarney. Ce joli domaine victorien fut bâti par la famille Herbert qui se ruina pour accueillir la reine Victoria. Cette dernière a également donné son nom à Ladies’s view, un magnifique panorama sur les lacs du Kerry. L’endroit est ensuite passé sous la férule du jeune Etat irlandais qui en a fait l’un des premiers parcs nationaux de l’île, offrant des kilomètres de parcs, de marais ou de landes à la visite.

A travers le Burren

Le lendemain, l’aventure continue avec la traversée, en ferry, de la rivière Shannon qui coupe l’île en deux, C’est non loin de là, à Foynes, que fut inventé l’irish coffe, l’une des grandes spécialités irlandaises. Un aéroport y avait été installé pour les vols transatlantiques en hydravion et, pour réchauffer les passagers en attente, un certain Joseph Sheridan a mis au point une boisson mêlant café chaud, sucre, whiskey et crème liquide. Nous poursuivons, sous le soleil, vers les falaises de Moher. Haute de 200 mètres, elle présentent un spectacle époustouflant et vertigineux. L’Atlantique et les tempêtes ont façonné ses immenses murs de pierre, hauts de plusieurs centaines de mètres. A moins qu’il ne s’agisse d’un dieu celte qui aurait comme coupé la côte à la hache. Les milliers d’oiseaux marins animent cet étonnant théâtre naturel. Un solide chemin, renforcé de murets de pierre, permet de cheminer sur les crêtes. Nous traversons ensuite le Burren, une autre curiosité géologique irlandaise. Alors que l’Irlande n’est en général que verdure, sur plusieurs dizaines d’hectares, cette ancienne mer de 320 millions d’années présente un paysage lunaire. L’érosion et la pluie ont découpé la roches en des millions des crevasses qu’une maigre végétation colonise. Néanmoins, la pierre emmagasine la chaleur, ce qui a créé une sorte de micro-climat. Le paysage est aussi strié de murets de pierre dont on se demande parfois ce qu’il délimite. Ils datent pour la plupart de la Grande famine qui a fait près d’un million de morts dans les années 1840. Pour donner à manger aux malheureux Irlandais, les Britanniques leur offraient un peu de soupe en échange de la construction de ces murs qui ne servent à rien.

Château de Kylemore (Connemara)

Les lacs du Conemara

La Fameuse Guinness !
Usine Guinness
Guinness

Le car Salaün devant la chaîne de télévision en gaélique TG4.

L’impressionnant fort préhistorique de Dun Aengus dans les îles d’Aran

 

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