Ca remonte à une vingtaine d’années bien tassées… Fin de soirée à Londres à la gare routière de Victoria. Le spectacle est saisissant : des dizaines d’écrans annoncent l’arrivée et le départ de cars pour tout le pays, toute la nuit. Pour une poignée de livres, on peut rejoindre Edimbourg, Cardiff, Manchester et surtout changer de lignes en cours de route pour gagner jusqu’à la plus reculée des bourgades britannique. C’est la fin des années Thatcher, la privatisation du rail est en marche et les tarifs du train sont prohibitifs pour beaucoup d’entre nous. Je monte dans un coach pour Sheffield et m’endors en rêvant à des cars qui permettraient un jour à un Breton de rejoindre Bordeaux, Toulouse, Montpellier sans passer par Paris et sans se ruiner.

Vingt-cinq ans plus tard, sur le quai de la gare routière de Quimper, sous un soleil radieux de mai, je ne rêve pas et j’ai les yeux bien ouverts au moment où je m’apprête à embarquer dans un car Ouibus sur la ligne Quimper-Nantes. Le conducteur scanne mon téléphone portable et j’embarque dans un autocar de grand tourisme VanHool Astronef. Pas de bagarre, les places sont numérotées et, d’emblée, je réalise que je ne suis plus dans les années Thatcher ou dans un autocar pour Berlin dans les années 1990. J’ai plus de place pour les jambes que dans un avion ou un train, la luminosité apportée par le toit panoramique est agréable et je dispose d’une prise de courant personnelle pour brancher mon ordinateur. Je teste le wi-fi gratuit, un des atouts des cars de nouvelle génération. Selon le nombre de personnes connectées, il faut avouer qu’il est parfois à la peine, mais le wi-fi mobile s’améliore de mois en mois.

9h27 : Le conducteur annonce le départ imminent du car. Je jette un coup d’œil à la quinzaine de passagers entrevus sur le quai : un père et son fils ado, deux touristes américaines, des étudiants, plusieurs retraités. L’ambiance est décontractée et le conducteur se met en quatre pour répondre aux questions en anglais, charger les bagages et renseigner les passagers restés à quai.

Je feuillette le magazine de voyage offert aux clients par Salaün Holidays, l’autocariste breton à qui Ouibus, une filiale de la SNCF, a chargé d’assurer les liaisons au départ de l’Ouest de la France. Il fait partie des 40 autocaristes participant au réseau Ouibus. Son développement rapide, après plusieurs années de rodage sous la marque IdBus intervient suite à un mouvement de dérèglementation des grandes lignes d’autocar dans toute l’Europe, concrétisé en France par la loi dite « Macron ». Il est désormais possible d’assurer des liaisons au-delà de la barrière historique des 100km. Pour Ouibus, son adoption s’est traduite par la création de 350 emplois et lui permet désormais de faire circuler 200 autocars reliant  120 villes différentes en France. En tenant compte des trois autres opérateurs se partageant un marché qui n’a pas un an d’existence,  une étude récente totalise plus de 700 liaisons directes entre villes et mille trois cent emplois directs créés. Si l’on se fie à l’exemple allemand, un pays qui n’a autorisé les grandes lignes qu’en 2013, mais qui en deux ans a atteint le nombre de dix millions de passagers, on peut tabler sur un million et demi de voyageurs transportés en France en fin d’année, contre 110 000 en 2013 ! On est certes encore loin de pays comme l’Espagne ou le Royaume-Uni où près de trente millions de voyageurs par an choisissent le car. On peut en tout état de cause prédire que la déréglementation des transports intercités en car va, à l’échelle européenne, produire une mini-révolution, comparable à celle de l’arrivée du low-cost dans l’aérien. Comme ce dernier, il rend non seulement les déplacements accessibles à ceux pour qui ils ne l’étaient pas, mais pour les autres, il donne naissance à de nouveaux usages, de nouveaux modes de voyage. Avec des billets entre 5 et 25 euros en France et en Europe, de nouvelles formes de mobilités devraient émerger. Le tourisme pourrait en bénéficier car les déplacements interrégionaux restent compliqués dans un pays comme la France, encore très centralisé. Si l’on reste dans le registre économique, aux emplois directs créés, on peut ajouter l’activité qui sera générée par les services liés à l’aménagement de gares routières dignes de ce nom, car la France est très en retard sur ses voisins. A ceux qui s’inquiètent de voir la route faire son retour alors que l’avenir semblait promis au train, les autocaristes répondent que le car est plutôt complémentaire et contribue lui aussi à « enlever » des voitures particulières des routes. Si concurrence directe il y a, ce serait plutôt vis-à-vis du covoiturage qui s’avère le plus souvent un peu plus couteux que le car.

Pause en gare de Vannes ... Le conducteur m’avoue avoir été surpris de découvrir que les jeunes sont loin d’être majoritaires dans les cars. « Au contraire, j’ai remarqué que beaucoup de personnes âgées les utilisent déjà pour visiter des proches ». D’après les premières statistiques disponibles, il semble en effet que le profil des passagers est assez diversifié et varie fortement selon les lignes. Des voisins de travée me confient qu’ils en sont déjà à plusieurs voyages en car. « Ca me permet de rendre visite à des amis plus souvent et le prix est canon ! » m’explique une passagère qui descend à Lorient.  Le prix est d’ailleurs pour beaucoup eux l’argument principal, avec le confort. De Rennes à Paris, il faut par exemple compter entre 5 et 15 euros pour un aller simple. Le temps de transport supplémentaire ne semble pas rebuter mes compagnons de route interrogés. Il faut par exemple prévoir un peu plus de cinq heures, soit une heure et demie de plus entre Nantes et Paris Bercy en car, par comparaison avec la voiture.

Il est 12h40 lorsque le car Ouibus atteint sa destination  à l’arrêt de tramway la Haluchère, à Nantes. Trois heures dix de transport, dix minutes de moins que prévu, c’est quarante minutes de plus que la voiture. De quoi réfléchir, lorsqu’on prend en compte le temps de repos, de travail, la sécurité d’autocars dernier cri équipés de ceintures, de toilettes, de nombreux systèmes de sécurité à bord et une empreinte carbone par passager moindre par rapport aux véhicules personnels.

De retour à Quimper, en descendant de mon car ouibus, à deux pas du centre ville, je salue le chauffeur et réalise que le rêve caressé dans un autocar anglais au début des années 1990 est en passe de se réaliser… All in good time, comme on dit là-bas ! Une expression qu’on peut traduire par « chaque chose en son temps ». Voici venu celui des cars intercités.

 

Plus d’informations : www.ouibus.fr

Pour se repérer dans le foisonnement de propositions nouvelles, en France et vers de nombreux pays d’Europe, des comparateurs sont disponibles sur Internet, comme par exemple Comparabus.com.

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