« On va aller se faire une petite virée-exploration dans les Tatras. Tu verras, c’est magnifique… ». Les Tatras ? Bien sûr, Michel (Salaün), bonne idée. Un petit coup d’œil sur une carte, juste pour me confirmer que Tatra n’est pas simplement une marque de camions tchèques réputés pour leur robustesse et qu’il m’est même arrivé de les frôler au cours de deux voyages précédents en Europe centrale ; un rapide briefing avec Luc (Le Saos), le géographe et guide de la bande, qui m’explique que c’est un massif – le plus élevé – de la chaîne des Carpates ; un passage au garage de la société, à Châteaulin, où William, le deus ex machina, est en train d’équiper mon brave « Olaf », de pneus neige. Il ne fait pas bien chaud à Pont-de-Buis, mais là-bas, en ce mois de février, on nous annonce de la neige et des -10- 13°. Et c’est parti. Dans un premier temps, je fais le pilote. Et je retrouve avec bonheur Olaf, le 4x4 avec lequel j’ai déjà fait deux raids. On est grimpés tous les deux au Cap Nord en Hiver, redescendus à Tarifa. L’Europe du nord au sud par des chemins qui passaient par Mourmansk et Saint-Petersbourg. Puis, dans une seconde aventure, traversé de conserve la Russie en hiver, tout au long de la Volga. De Brest à Brest, via Astrakhan, aux bords gelés de la Mer Caspienne. Nous sommes de vieux compagnons.   Notre première mission : rallier Vienne en temps et en heure pour récupérer Michel – qui vient de Moscou – et Luc auquel un emploi du temps chargé interdisait les baguenaudages d’approche de notre objectif essentiel. C’est donc seul que j’ai savouré, non sans quelques émotions routières, la traversée de la France, engourdie par de la neige et des pluies verglaçantes ; l’Allemagne, moins embouteillée qu’à l’ordinaire ; le Tyrol autrichien, auquel un temps maussade ne parvient pas à entamer la sublime beauté ; et, enfin, Vienne. La plus belle capitale d’Europe – à mon sens – est encore plus séduisante au cœur de l’hiver. A cette période de l’année, elle y conjugue encore mieux la majesté de son architecture impériale et de son urbanisme impeccable, et de sa vie foisonnante, multiethnique, populaire, branchée… Les bistrots sont chauds, les petits restaurants sans prétentions… Et les grands palais sont toujours là. Vienne n’est pas un musée. On ne s’y ennuie jamais. Car elle est habitée par des Viennois ! Un vrai bonheur.  

Slovaquie, les sommets du charme

L’équipage à peine reconstitué, que nous filons vers Bratislava. 60 kilomètres. Une broutille. Mais il y a vingt ans, il nous eût fallu passer des heures à une frontière de fer. Les eurosceptiques ne devaient pas beaucoup voyager…La capitale de la Slovaquie est à l’image du pays qu’elle gouverne. Discrète, modeste – elle n’a pas la magnificence de Prague – elle possède pourtant un vrai charme auquel on ne peut rester insensible et qu’il faut apprécier sans se laisser pervertir par des comparaisons qui n’ont pas de sens. Pour nous – pour moi, en tout cas – la Slovaquie, que l’on peut traverser sans y prêter l’attention qu’elle mérite, aura été une découverte pleine d’émotion. Les Tatras y sont pour quelque chose. Imaginez une longue crête rocheuse qui trace sa ligne dans une immense plaine, comme l’arête dorsale d’un grand squale émergeant de l’océan. Ce sont les Carpates. En Slovaquie, cette chaine venue de Roumanie prend le nom de Tatras. C’est là qu’elle culmine, à plus de 2600 mètres, dans un sillage qui inonde et bouscule d’immenses forêts de pins. En hiver, le spectacle est étonnant. Irréel. Au détour d’une route, de grands massifs, d’un blanc immaculé, apparaissent, bouchant un horizon qui semblait condamné à l’uniformité. Comme si un metteur en scène génial avait déroulé un décor tombé du ciel, une immense toile figée dans sa beauté glacée, d’une blancheur qui se perd et se retrouve au fil des nuages qui passent comme des éclairagistes insouciants.   Ce décor de théâtre a ses acteurs. On les retrouve dans les petits villages des sommets qui, l’hiver, jouent aux stations de ski. A Vysoke Tatry ou ailleurs, on ne se prend pas pour Megève. Ici, l’ambiance est familiale et les pistes ne donnent pas le vertige.   Mais on peut s’y sentir hors du monde. La nuit, les petits restaurants, tous construits de bois, offrent des repas délicieux que l’on peut arroser de vins slovaques qui n’ont qu’un seul défaut. Celui d’être méconnu. Dans la nuit de ces stations ignorées, les ours ont gardé leur place. Il leur arrive de sortir de leurs forêts pour faire les poubelles. Il est conseillé de respecter leur travail.   Les petites routes enneigées que nous emprunterons le lendemain, dans des forêts immenses, partiellement détruites par un ouragan en 2004, nous emmènent, sur la route de la Pologne, à égrener quelques autres stations oubliées du temps, blotties autour d’hôtels qui somnolent sur un passé glorieux, dans l’attente de lendemains de neiges qui sauront rester feutrés tout en étant un peu plus lucratifs.  

Au nord, c'était la Pologne...

Ces routes, qui longent parfois une ligne de chemin de fer dont les tortillements laborieux laissent à penser qu’elle vient d’ici pour aller là, nous conduisent, quant à nous, en Pologne. Les Hautes Tatras se partagent, en effet, entre la Slovaquie du nord et la Pologne. Ce pays, plat comme une crêpe, trouve là – avec la région des Sudètes – ces seules montagnes.   Pas étonnant, dès lors, que Zakopane soit la station la plus prisée des Polonais. En hiver comme en été. Pour la glisse ou pour la randonnée. La petite ville, classée au patrimoine, ne manque pas de charme. Elle est de tout bois vêtue et l’architecture de ses maisons répond à ces critères uniques et bien définis qu’il convient de respecter. Le marché et la rue Kuprowski ont déjà un charme oriental qui rappelle l’Ukraine toute proche.   Pour nous, cette première étape se terminera dans la Pologne historique. A Cracovie, après une petite halte dans un village – Chachalov- dont toutes les maisons sont construites en bois. Un vrai musée habité !   Il fait nuit depuis bien longtemps quand nous retrouvons les lumières de la ville. Cracovie et sa grande place. Il fait froid. Et la petite vodka se boit sans remords. Comme un médicament. Mais sans ordonnance. Avec les recommandations d’usage, bien sûr.    

Les mines de Wieliczka : le sel de la terre…

La route du retour de notre expédition au cœur des Tatras passait par Cracovie et Prague. Deux villes exceptionnelles qui possèdent en hiver, sous la neige, un charme particulier. Les lumières y sont plus denses, plus colorées. Dans les rues, les passants pressent le pas et slaloment avec précaution pour éviter les plaques de verglas. Les cafés et les restaurants sont des refuges douillets et gourmands où l’on se réchauffe autour d’un chocolat chaud… Et sur le Pont Charles, à Prague, les couples qui viennent se promettre un amour éternel devant une construction de cadenas se font rares et se serrent frileusement. Mais avant de nous laisser prendre la direction de Prague, Michel Salaün – qui nous avait abandonnés, Luc Le Saos et moi, à Cracovie - avait décidé de nous envoyer à la mine. Celles de Wieliczka, précisément, à une douzaine de kilomètres de Cracovie. De gigantesques mines de sel dont l’exploitation a débuté au XIIIe siècle et ne s’est arrêtée que dans les années 1990. Depuis, elles ont été transformées en musée et en site touristique. Et ça vaut le détour. A 200 mètres de profondeur, les visiteurs découvrent une mine unique au monde. Car les mineurs polonais ne se contentaient pas d’extraire du sel dans des conditions difficiles. Au fil du temps, ils ont transformé leur lieu de travail en un extraordinaire chef d’œuvre, à la fois parc d’attraction, musée et lieu religieux… Un ensemble dont une visite complète nécessite que l’on y consacre cinq bonnes heures. La partie la plus intéressante est sans conteste toutes les scènes, échelonnées le long des trois kilomètres de galeries ouvertes au public, qui reconstituent la vie et le travail de la mine à travers les siècles. On en mesure la dureté et les dangers, mais aussi toute l’ingéniosité mise en œuvre pour exploiter cet or gris, sans autres énergies que l’eau, la force des bras et celle des chevaux qui passaient l’essentiel de leur vie au fond de la mine et ne remontaient au soleil que pour mourir. Pourtant les mineurs et leurs compagnons de labeur avaient transformé ce lieu de travail pour en faire, dans les entrailles de la terre, leur domaine. Inlassablement, ils creusaient dans les murailles grises, taillaient, sculptaient ce marbre tendre, juste assez dur pour ce plier au burin des artistes des profondeurs. Des artistes au talent impressionnant dont le principal sujet d’inspiration était l’histoire et les légendes de leur pays et, plus généralement, la religion. Les terrifiants coups de grisou étaient impuissants face à une foi inébranlable forgée dans le sel de la terre. Ils ont ainsi multiplié les petites chapelles dédiées à des saints ou à la Vierge Marie. Mais ils ont aussi donné une âme à de gigantesques carrières lorsqu’elles eurent rendu tout leur sel. C’est ainsi que l’on se retrouve dans une véritable cathédrale, avec tableaux, statues, autels, qui accueille régulièrement des offices religieux et des concerts. Depuis, les exigences du tourisme ont ajouté à ce site extraordinaire les inévitables boutiques, les cafétérias et même un restaurant vaste comme une brasserie munichoise. Mais les mines de Wieliczka ont su garder l’esprit d’origine qui lui ont donné une âme et qui souffle encore dans les galeries qui les parcourent. Nous sommes en Pologne à quelques kilomètres de la ville natale de Jean-Paul II et cette mine reste un témoignage émouvant de la ferveur catholique de ce pays.

 
- Sur la place centrale de Bratislava, un Bonaparte débonnaire regarde passer les promeneurs…
Sur la place centrale de Bratislava, un Bonaparte débonnaire regarde passer les promeneurs…
 
- … Et n’hésite pas à poser avec les compatriotes de passage !
… Et n’hésite pas à poser avec les compatriotes de passage !
 
- La ville de Bratislava ne manque pas de charme. Même et surtout en hiver.
La ville de Bratislava ne manque pas de charme. Même et surtout en hiver.
 
- Une forteresse magnifiquement restaurée domine la ville et veille sur le Danube qui coule en contrebas.
Une forteresse magnifiquement restaurée domine la ville et veille sur le Danube qui coule en contrebas.
 
- La petite ville de Trencin est elle aussi blottie au pied de sa citadelle.
La petite ville de Trencin est elle aussi blottie au pied de sa citadelle.
 
- La jolie station de Strbske Pleso est entourée de massifs montagneux lumineux dès d’un rayon de soleil les éclaire.
La jolie station de Strbske Pleso est entourée de massifs montagneux lumineux dès d’un rayon de soleil les éclaire.
 
- Nombreux dans cette région de Slovaquie, les Roms pratiquent divers petits boulots comme le ramassage et la vente du bois.
Nombreux dans cette région de Slovaquie, les Roms pratiquent divers petits boulots comme le ramassage et la vente du bois.
 
- L’église Ste Elizabeth de Kosice. La seconde ville de Pologne est, avec Marseille, l’une des deux capitales culturelles européennes 2013
L’église Ste Elizabeth de Kosice. La seconde ville de Pologne est, avec Marseille, l’une des deux capitales culturelles européennes 2013
 
- Une belle place de Kosice
Une belle place de Kosice
 
- Sur la route des Hautes Tatras. Les grandes trouées dans la forêt ont été causées par le terrible cyclone qui s’est abattu sur la région en 2004.
Sur la route des Hautes Tatras. Les grandes trouées dans la forêt ont été causées par le terrible cyclone qui s’est abattu sur la région en 2004.
 
- Sympathique rencontre sur le chemin de la Pologne.
Sympathique rencontre sur le chemin de la Pologne.
 
- La station de Stary Smokovec est équipée d’un funiculaire qui fait le lien avec le sommet des pistes.
La station de Stary Smokovec est équipée d’un funiculaire qui fait le lien avec le sommet des pistes.
 
- Le plan des pistes de ski de Stary Smokovec
Le plan des pistes de ski de Stary Smokovec
 
- Les pistes de Stary Smokovec
Les pistes de Stary Smokovec
 
- Le grand hôtel de Stary Smokovec
Le grand hôtel de Stary Smokovec
 
- Zakopane est « la » station de ski des Polonais et son centre piétonnier est toujours très animé.
Zakopane est « la » station de ski des Polonais et son centre piétonnier est toujours très animé.
 
- De Zakopane à Cracovie, la route traverse le petit village de Chocholow dont toutes maisons sont en bois. Un véritable musée vivant…
De Zakopane à Cracovie, la route traverse le petit village de Chocholow dont toutes maisons sont en bois. Un véritable musée vivant…
 
- Autre exemple d’architecture en bois près de Zakopane
Autre exemple d’architecture en bois près de Zakopane
 
- La poussette des neiges
La poussette des neiges
 
- La grand-place de Cracovie dans son habit d’hiver
La grand-place de Cracovie dans son habit d’hiver
 
- Michel Salaün était du voyage dans les Tatras.
Michel Salaün était du voyage dans les Tatras.
 
- Cracovie possède un charme particulier en hiver.
Cracovie possède un charme particulier en hiver.
 
- L’une des nombreuses chapelles creusées dans le sel, dans la mine de sel de Wieliczka, non loin de Cracovie. Celle-là a du mal à tenir debout.
L’une des nombreuses chapelles creusées dans le sel, dans la mine de sel de Wieliczka, non loin de Cracovie. Celle-là a du mal à tenir debout.
 
- Le sel gris des mines de Wieliczka ressemble au marbre.
Le sel gris des mines de Wieliczka ressemble au marbre.
 
- Une scène reconstitue la vie dans la région de Cracovie à l’époque préhistorique.
Une scène reconstitue la vie dans la région de Cracovie à l’époque préhistorique.
 
- Au pays des Lutins mineurs.
Au pays des Lutins mineurs.
 
- La Cène, représentée en trompe-l’œil. Le relief n’est qu’une illusion !
La Cène, représentée en trompe-l’œil. Le relief n’est qu’une illusion !
 
- La vie de la mine est reconstituée avec réalisme.
La vie de la mine est reconstituée avec réalisme.
 
- La mine de Wieliczka compte plus de 300 kilomètres de galeries
La mine de Wieliczka compte plus de 300 kilomètres de galeries
 
- Des dizaines de chevaux travaillaient dans les mines. Ils restaient permanence au fond, ne remontant à la surface qu’à la fin de leur vie.
Des dizaines de chevaux travaillaient dans les mines. Ils restaient permanence au fond, ne remontant à la surface qu’à la fin de leur vie.
 
- La place centrale de Prague.
La place centrale de Prague.
 
- Le Pont Charles.
Le Pont Charles.
 
- Ces cadenas symbolisent la fidélité d’un couple.
Ces cadenas symbolisent la fidélité d’un couple.
 
- C’est beau, Prague la nuit…
C’est beau, Prague la nuit…

Author image
Thèmes associés : #Reportage

Partagez cet article :

0 commentaires

Réagir

@