Cuisinier-conchyohile-voyageur-muséographe, la carte de visite de Guy Segalen pourrait être encore plus longue. De loin, on vient déguster sa recette de homard flambé au whisky ou sa fraise-ginette, baptisée selon le nom d'un premier amour (mais c'est faux !) pour l'entendre raconter une vie à nulle autre pareille... en se léchant les doigts.

 

« Je suis un enfant de la Ddass qui cumulait tous les handicaps pour n'être rien. Chaque jour de ma vie, j'ai voulu prouvé que tout était possible. » Guy, qui apprendra à sa majorité, 21 ans à l'époque, qu'il est vraisemblablement un descendant de l'écrivain-aventurier Victor Segalen sans que la preuve, faute de derniers documents administratifs, soit apportée, a suivi finalement un parcours proche de son ancêtre putatif. « J'adore le voyage au bout de la planète et quand on m'a appris cette filiation possible, j'ai acheté tous les livres de Victor Segalen et je les ai dévoré ! » Son enfance d'orphelin, sous la garde d'une mère aimante de substitution, se fera dans des cuisines aux heures interminables. « J'ai appris l'effort et le plaisir de bien faire. Moi qui n'était rien, je suis devenu un cuisinier apprécié et durant plus de

15 ans je serai chef en cantine de lycées de l'Education nationale. » Jusqu'à un jour de 1972 où l'envie de s'établir lui fait acheter un terrain marécageux dont personne ne veut face à la belle plage de Penhors à Pouldreuzic (Finistère). Le lieu est aujourd'hui un incontournable des beaux sites de Bretagne et la petite maison de 30 couverts qu'il avait construit alors est, au fil des agrandissements, devenu le Breiz Armor, un hôtel-restaurant de 300 couverts, 36 chambres, une réputation d'excellence et un havre de respiration quand la planète s'interroge sur sa raison de vivre ensemble.

Les palmes de plongée

« Tout petit, j'étais fasciné par les coquillages que je ramassais sur les plages. Dès que j'ai pu aller au loin en ramasser de nouveaux, je me suis précipité. Yvonne, mon épouse, en avait marre de ces accumulations dans des boites de chaussures qui encombraient la maison. Et un jour, j'ai rencontré un amiral ! » Cet officier de marine, gourmet du restaurant de Guy, lui propose une collection de 200 oiseaux naturalisés à condition que jamais son nom ne soit dévoilé. « Avec mes coquillages accumulés, j'ai vu l'opportunité d'un musée et j'ai traversé la route pour racheter une maison en déshérence. Le Musée de l'Amiral était né. » Lors de la fermeture de son hôtel-restaurant en janvier et février de chaque année, Guy Segalen continue d'arpenter la planète. « Nous travaillons aux beaux jours en Bretagne et quand vient notre tour d'être en vacances, il n'y a guère de choix pour trouver le soleil... alors l'Asie, la Polynésie, l'Australie étaient nos destinations. Pour en ramener forcément des coquillages. En se promenant sur le littoral ou en plongée avec les autochtones. » Comme un certain Victor Segalen.

Les Palmes académiques

Le Musée de l'Amiral en Penhors à Pouldreuzic est aujourd'hui le plus important de coquillages de France après celui des Sables d'Olonne. Avec des pièces uniques invisibles ailleurs. En 2016, il a été repensé et réaménagé pour mettre encore mieux en valeur ses quelques 15 000 spécimens de coquillages, auxquels s'ajoutent les oiseaux, des minéraux, des poissons de grands fonds, des crustacés aux tailles énormes, des requins naturalisés après le tsunami asiatique de 2004, ou des os de baleines échouées sur la plage d'en face. Fait unique, le chef cuisinier Guy Segalen a été décoré des Palmes Académiques pour service au Ministère de l'éducation nationale, et de la Médaille d'Or Arts-Sciences-Lettres de l'Académie Française. Des récompenses que n'apprécient guère en revanche les homards et langoustines qui à chaque repas lui connaissent plutôt le grand couteau qui les amènera en sauce ou à la flambée. Nous, nous revendiquons la complicité de ce génocidaire de 76 ans !

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