Cuisinier suisse, Raphaël Ketterer est venu s'installer il y a près de 15 ans sur Mooréa, île paradisiaque de Polynésie, la plus proche de Tahiti. Au 1 décembre, après des années d'hôtellerie, il tournera une nouvelle page de ses aventures exotiques. Plus que jamais convaincu du bonheur de vivre sous le soleil et sans contraintes.

« Une nuit à Lausanne, ma ville, alors que j'avais 6 ans, j'ai rêvé d'hommes qui avaient la peau dessinée. J'ai posé la question à ma mère qui m'a confirmé que cela existait en effet en Nouvelle-Zélande. J'ai alors dit que c'était là-bas que je voulais vivre... Je n'y suis pas encore allé car en cours de route, j'ai rencontré de multiples peuples attachants adeptes du tatouage. » A 47 ans maintenant, Raphaël Ketterer a organisé très tôt sa vie pour le voyage. Et par le plus atteignable immédiatement : la préparation de mets de toute la planète. Il sera donc cuisinier mais pas n'importe où dans sa Suisse natale. Il embarque sur le magnifique lac Léman et durant 12 ans, il y régalera les passagers des bateaux à aubes. « En plus d'être plaisant, ce travail d'avril à octobre me donnait tout le reste de l'année pour partir aux quatre coins de la planète. Avec un sac à dos, souvent seul, parfois avec un ou une personne, j'ai arpenté pas mal de pays à la rencontre des gens, en particulier en Amérique du sud ou en Asie. Féru de dessin, l'art du tatouage me passionnait toujours et un peu partout, j'entrais en contact avec ces artistes. Mais je n'ai franchi le pas pour mon premier qu'à 18 ans : une tête d'indien sur l'épaule. »

Un savoir-faire importé

Fatalement, Raphaël devait un jour passer par la Polynésie française. Avec une collègue des bateaux à aubes du Léman, Anne-Marie, il débarque en 2006 sur Mooréa, un bijou à quelques encablures de Tahiti. Ils n'en sont pas repartis. Son métier l'aide à s'insérer. Durant dix ans, il sera gérant d'une pension, puis en 2016, le voici à la tête du Tara Riki en déshérence qu'il remonte pour en faire une adresse courue, dans un esprit proche du vrai quotidien des Polynésiens aux antipodes des complexes géants internationaux. Son contrat s'y terminera avec cette année mais son emploi du temps ne s'en retrouvera pas vraiment allégé.

« Dès le début, j'ai proposé à mes hôtes de leur faire de la cuisine polynésienne et rapidement, on est venu me demander de préparer des repas à l'extérieur pour des fêtes. Et pour une touche française, je me suis mis à fabriquer des baguettes et des viennoiseries. Et de bouche à oreille, j'ai commencé à livrer des plats préparés dans les supérettes de toute l'île. Bientôt, je pourrai donc répondre à davantage de demandes. » Pour autant, Raphaël n'a pas oublié sa passion du tatouage :

« je me suis toujours refusé à le pratiquer moi-même malgré des sollicitations. Ce qui me passionne, c'est la gestuelle de ces vrais artistes et bien sûr leur créativité. » Un an après son arrivée sur Mooréa, il devient ainsi importateur de matériel de tatouage pour l'ensemble de la Polynésie. « Les pratiquants avaient du mal à trouver les meilleurs outils et improvisaient un peu la pratique. J'ai donc dispensé des cours d'hygiène pour sécuriser leur travail et rassurer le public prêt à s'offrir son premier tatouage. » Une activité qu'il assurera durant huit ans... au même rythme que son corps se couvrait d'œuvres des plus réputés experts : « je suis aujourd'hui tatoué sur 90% de ma peau et il me reste une jambe à habiller bientôt ». Comme on peut s'en douter, Raphaël fera partie de l'équipe de création du festival de tatouages de Tahiti, puis Mooréa, qui eut un écho international.

Un savoir-faire exporté

« Dans tous les domaines, peinture, sculpture, etc, j'ai rencontré d'immenses artistes en Polynésie et je voudrais maintenant les faire connaître au delà de leurs îles. C'est le nouveau défi que je me suis lancé. » L'évolution récente du transport aérien a ouvert cette porte à Raphaël Ketterer. Des compagnies à bas coût ont en effet depuis cette année choisi d'investir le marché polynésien au départ de San Francisco en Californie. D'un côté le Français French Bee depuis mai, de l'autre l'Américain United à la fin octobre... en attendant d'autres possibles sur un marché chasse gardée durant des décennies d'Air Tahiti Nui et Air France. « Je veux aller à la rencontre des amateurs d'art où ils sont en villégiature et leur proposer un cadre inédit pour leurs cadres de vie.

Premier objectif, le Costa Rica, prisé des Américains et Européens en recherche de vérité. » Depuis Mooréa, Raphaël enverra les plus belles créations des artistes polynésiens dans sa première galerie costaricaine au printemps prochain. « Je crois fortement en cette ouverture et selon la réaction locale, je développerai le concept sur d'autres destinations. Mais pour moi, impossible de quitter mon île : de par ses paysages et ses habitants, Mooréa est le paradis dont enfant j'avais rêvé ! »

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