Sous un ciel gris, encastrée entre deux bâtiments tristes, la St John's Baptist Church a revêtu les habits du dimanche qui lui donnent un petit air pimpant. A Harlem, quartier de Manhattan-NYC, pas de block d'immeubles sans son temple. Celui-ci fête justement son centenaire.

Allez, on pousse la porte.

Le révérend John L. Scott, pasteur de la paroisse, a applaudi à notre demande d'assister à son office dominical. Et, fait peu fréquent, a autorisé que nous prenions des photos. Regroupés sur les derniers bancs, nous nous attendions à simplement ouvrir yeux et oreilles quand le chœur gospel finit de s'installer, écharpe sur l'épaule. Le révérend avait vu les choses autrement. « Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, merci d'être venus si nombreux prier ensemble pour toutes les âmes de la terre. Mais d'abord pour nos invités du jour, un groupe de Français que je vous demande d'accueillir. » Et aussitôt, l'assistance de se lever et accourir vers nous pour, un par un, nous prendre dans une embrassade comme seuls les Américains en ont le secret. L'ambiance est mise.

Un ange passe

Pour nous néophytes du rituel, l'office prend une dimension surréaliste.

A tour de rôle au pupitre, pas moins de trois officiants à prendre la parole. L'un pour parler du quotidien de la paroisse : « Kate, est-ce que ta mère va mieux ? ». Le oui est souligné d'Alleluia et amen partant des bancs. L'autre pour lire et commenter les écritures saintes. Et entre les deux, une prêcheuse à la voix de stentor en charge d'exhorter à la foi, à ramener les brebis perdues, à faire pénitence... Tout le monte baisse la tête, l'air contrit, le visage presque grimaçant de honte. Un ange passe dans nos rangs. Il prend vite forme heureusement sous les traits des chanteuses et chanteurs de gospel. Impossible de se retenir de marquer le rythme du bout des pieds et de battre des mains à l'unisson. Comme dans les films.

Là-bas comme chez nous, arrive alors le moment de la quête. Trois gamins, chemise et gants blancs, nœud papillon noir, passent la corbeille et s'arrêtent à tout don semblant dépasser la moyenne. « Madame Patterson a donné 5 dollars », crie à la cantonade l'un d'eux. Et l'assistance d'applaudir et lancer de nouveaux alleluia et amen. « Monsieur Smith a donné 10 dollars »... et ça recommence. Mon voisin hilare me glisse :

« petit, je mettais des boutons dans la corbeille. J'aurai l'air malin ici ! » Le révérend convie ensuite les gamins au micro. A eux de raconter les bonnes actions qu'ils ont eues dans la semaine au service de la communauté et surtout de raconter comment plus tard, ils s'engagent à aller ramener les âmes perdues dans le chemin du Seigneur. Et fusent encore les alleluia et amen enthousiastes.

La cérémonie tire à sa fin mais pas question de se séparer sans un dernier geste d'amour. Alors tous debout, main dans la main, tête baissée, croyants et mécréants, on mêle nos voix au chœur du gospel.

« De retour en France, portez la bonne parole », nous salut le révérend John L. Scott. Voilà, c'est fait.

 

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